{"id":1742,"date":"2012-07-26T13:52:06","date_gmt":"2012-07-26T13:52:06","guid":{"rendered":"http:\/\/anistiapolitica.org.br\/abap3\/2012\/07\/26\/bresil-la-caravane-du-pardon-2\/"},"modified":"2012-07-26T13:52:06","modified_gmt":"2012-07-26T13:52:06","slug":"bresil-la-caravane-du-pardon-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/anistiapolitica.org.br\/abap3\/2012\/07\/26\/bresil-la-caravane-du-pardon-2\/","title":{"rendered":"Br\u00e9sil La caravane du pardon"},"content":{"rendered":"<p \/>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\" \/>Tout l\u2019\u00e9t\u00e9, d\u00e9ambulation au c\u0153ur des constructions, r\u00e9elles ou imaginaires. Aujourd\u2019hui, une des \u00e9tapes de la commission en charge des victimes de la dictature qui a s\u00e9vi de 1964 \u00e0 1984.  <!--more-->  <\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: justify;\">Par ANNE DIATKINE, VALDIRENE GOMES<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">C\u2019est une caravane de vingt-quatre juristes qui parcourt le Br\u00e9sil, du lieu le plus perdu aux grandes villes, et qui, sans esbroufe, modifie en profondeur la m\u00e9moire collective des Br\u00e9siliens : leur appr\u00e9hension de la dictature militaire de 1964 \u00e0 1984, soit vingt ans de r\u00e9gime autoritaire. Si ses d\u00e9g\u00e2ts en terme de disparus ne sont pas comparables \u00e0 ceux de ses voisins &#8211; le Chili et l\u2019Argentine notamment -, elle est la plus longue de l\u2019Am\u00e9rique latine et, s\u2019enracinant des ann\u00e9es avant les autres, elle leur a servi de matrice.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Une dictature \u00e0 visage humain, qui s\u2019est tranquillement autodissoute en organisant sa propre transition vers la d\u00e9mocratie ? C\u2019est au mieux ce que les enfants br\u00e9siliens ont appris. C\u2019est ce qu\u2019on continue \u00e0 leur dire, en associant parfois cette p\u00e9riode \u00e0 l\u2019expression enthousiasmante de \u00abmiracle \u00e9conomique\u00bb, sans jamais pr\u00e9ciser pour qui fut le miracle. Et c\u2019est l\u2019opinion la plus r\u00e9pandue dans la lointaine Europe, o\u00f9 l\u2019on se souvient que la France fut une terre d\u2019asile dans les ann\u00e9es\u00a070, et que pour les Br\u00e9siliens, \u00abc\u2019\u00e9tait plus facile\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Certes, mais le Br\u00e9sil a une particularit\u00e9 : non seulement le nombre de tortur\u00e9s fut le plus \u00e9lev\u00e9, mais de plus, la pratique n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e, elle a \u00e9t\u00e9 banalis\u00e9e au point d\u2019\u00eatre monnaie courante aujourd\u2019hui encore. \u00abFaute de rupture nette avec le pouvoir militaire, les institutions ont conserv\u00e9 cette &#8220;technique&#8221; de s\u00e9curit\u00e9, et la dangerosit\u00e9 a quitt\u00e9 le terrain politique pour muter vers la pauvret\u00e9. Plus inqui\u00e9tant, selon un sondage r\u00e9cent, cet h\u00e9ritage de la dictature est largement accept\u00e9 par la population\u00bb, note la juriste br\u00e9silienne Kathia Martin-Chenut, chercheuse au coll\u00e8ge de France.<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Manifs au domicile des tortionnaires<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Elle s\u2019appelle donc \u00abcaravana da anistia\u00bb, la caravane de l\u2019amnistie. Elle s\u2019est arr\u00eat\u00e9e, ce vendredi 22\u00a0juin, \u00e0 Florianopolis, paisible \u00eele de l\u2019Etat de Santa Catarina, non loin de l\u2019Argentine. C\u2019est l\u2019hiver et \u00e7a tombe bien, on se croirait en Bretagne, l\u2019\u00e9t\u00e9. La caravane est une image. Dans la vraie vie, ces juristes b\u00e9n\u00e9voles et ultracomp\u00e9tents se d\u00e9placent plut\u00f4t en avion. Il n\u2019emp\u00eache : l\u2019itin\u00e9rance est bien r\u00e9elle. Tous les mois en moyenne, depuis l\u2019invention de la caravana da anistia en 2008, par Paulo Abr\u00e3o, son pr\u00e9sident et secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 la Justice, des proc\u00e8s administratifs ouverts \u00e0 tous sont tenus, toujours dans des lieux publics et accessibles.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Des locaux y assistent et vont et viennent. Ils sont souvent plut\u00f4t jeunes. Comme Maria Eduarda et Bryan, 18\u00a0ans tous les deux, en premi\u00e8re ann\u00e9e de droit. Ils ont pris leur journ\u00e9e, car ils veulent voir comment la justice peut \u00eatre \u00abun outil social\u00bb, et qu\u2019\u00e0 propos de la dictature, ils n\u2019ont \u00abrien appris de vrai\u00bb au lyc\u00e9e. \u00abQuand le prof parlait de la torture, il se d\u00e9p\u00eachait. On nous racontait que le r\u00e9gime militaire avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli pour sauver le Br\u00e9sil du danger communiste. M\u00eame la loi d\u2019amnistie \u00e9tablie en 1979 par la dictature elle-m\u00eame est mal expliqu\u00e9e. On est content d\u2019\u00eatre l\u00e0 parce qu\u2019on esp\u00e8re comprendre notre histoire.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">La caravana da anistia n\u2019a pas pour mandat de juger les coupables. Mais de reconna\u00eetre les \u00abvictimes\u00bb, et de leur donner publiquement la parole. Car la fameuse loi d\u2019amnistie \u00abample et g\u00e9n\u00e9reuse\u00bb en 1979, a plac\u00e9 sur le m\u00eame plan les opposants aux r\u00e9gimes et les tortionnaires, au nom de la r\u00e9conciliation g\u00e9n\u00e9rale. Si bien que le Br\u00e9sil reste le seul pays d\u2019Am\u00e9rique latine \u00e0 ne les avoir jamais jug\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Amnistie ou amn\u00e9sie ? Faute de justice, les plus jeunes s\u2019agacent, organisent des manifestations devant le domicile d\u2019anciens tortionnaires, et placardent leurs photos et leurs noms sur les murs de S\u00e3o Paulo. En Europe, ces initiatives rappellent de mauvais souvenirs. Au Br\u00e9sil, o\u00f9 la justice et l\u2019histoire en sont \u00e0 leurs pr\u00e9misses, elles suscitent l\u2019adh\u00e9sion des a\u00een\u00e9s. Une magistrate : \u00abJe trouve \u00e7a formidable. Rien n\u2019est possible sans le soutien de la soci\u00e9t\u00e9 civile.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019appelle Paulo Marcomini. C\u2019est un vieux monsieur \u00e0 lunettes, un peu courb\u00e9. Il est venu \u00e0 son proc\u00e8s, comme la plupart, en famille. Il s\u2019avance tr\u00e8s \u00e9mu, et conjure qu\u2019on l\u2019\u00e9coute \u00abavec patience\u00bb, car se plonger dans son pass\u00e9 l\u2019angoisse. Il \u00e9tait militant au Parti communiste, a \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9 et emprisonn\u00e9 au nom de ses convictions, et fut oblig\u00e9 d\u2019entrer dans la clandestinit\u00e9, stoppant net des \u00e9tudes d\u2019agronomie. N\u2019ayant plus d\u2019\u00e9tat civil, il n\u2019a pas pu reconna\u00eetre ses enfants. Et a finalement gagn\u00e9 sa vie sous une autre identit\u00e9, comme ouvrier. Il brandit son contrat de travail.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">La commission l\u2019\u00e9coute, pose des questions et, de mani\u00e8re surprenante, Paulo Abr\u00e3o lui propose d\u2019abord une \u00e9quivalence pour qu\u2019il puisse reprendre ses \u00e9tudes. Quelques rires fusent. Estomaqu\u00e9, Paulo Marcomini dit : \u00abC\u2019est tr\u00e8s bien, mais un peu tard. Je suis \u00e0 la retraite. Je n\u2019ai plus le niveau en maths et en chimie.\u00bb La commission maintient sa proposition. Et calcule une indemnit\u00e9 \u00e9conomique en fonction de la profession qu\u2019il aurait d\u00fb faire, si la dictature n\u2019avait pas cass\u00e9 ses projets : 116 000\u00a0r\u00e9aux imm\u00e9diatement, et 1 115\u00a0mensuels. Puis, toute la commission se l\u00e8ve pour demander solennellement \u00e0 l\u2019ancien ouvrier d\u2019accorder son pardon \u00e0 l\u2019Etat br\u00e9silien au nom des pr\u00e9judices subis. L\u2019homme pleure, comme pleureront la plupart des personnes qui passeront devant la commission ce jour-l\u00e0.<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\"><strong>La ma\u00eetrise \u00e0 72\u00a0ans<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">\u00abL\u2019anistia\u00bb de la caravane, c\u2019est donc cela : non pas l\u2019amnistie des personnes jug\u00e9es, mais la demande officielle de la part d\u2019une repr\u00e9sentation de l\u2019Etat, de \u00abpardonner\u00bb au Br\u00e9sil. Et tous diront que cette reconnaissance des torts du r\u00e9gime dictatorial est ce qui leur importe le plus. Dans le couloir, on croise le nouvel \u00e9tudiant Paulo Marcomini. Il est ravi. R\u00e9flexions faites, oui, il n\u2019y avait pas pens\u00e9 mais, \u00e0 72\u00a0ans, puisqu\u2019il a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 son matricule universitaire, il va reprendre des \u00e9tudes. \u00abUne ma\u00eetrise d\u2019histoire. Et ensuite, je verrai. J\u2019ai un an pour me d\u00e9cider.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Voici maintenant l\u2019heure d\u2019Antonio Joao Manfio, s\u00e9minariste catholique. Son cas est complexe car il a le droit \u00e0 des r\u00e9parations \u00e0 plusieurs titres. Cet homme imposant, soudainement, se d\u00e9compose, et la salle avec lui. Il s\u2019excuse de son \u00e9motion. \u00abJ\u2019ai subi beaucoup de proc\u00e8s qui m\u2019ont men\u00e9 en prison. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 insult\u00e9 lors des audiences, puis tortur\u00e9. Excusez-moi, je pleure. Car c\u2019est la premi\u00e8re fois qu\u2019une cour de justice me dit que je suis quelqu\u2019un de bien.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Puis, vient un homme en col\u00e8re, professeur et excellent orateur. Pendant la dictature, il a fait quelques mois de prison, p\u00e9riode o\u00f9 il n\u2019a pas gagn\u00e9 sa vie. La commission lui accorde une indemnit\u00e9 pour les dommages prouv\u00e9s, tr\u00e8s insuffisante \u00e0 son go\u00fbt. L\u2019homme tente la condescendance : \u00abMonsieur le pr\u00e9sident, je comprends, vous \u00eates beaucoup trop jeune pour savoir ce qu\u2019\u00e9tait la dictature.\u00bb Paulo Abr\u00e3o &#8211; effectivement jeune, 38\u00a0ans, un g\u00e9ant, et une allure d\u2019\u00e9tudiant &#8211; lui r\u00e9pond par des questions. Le professeur \u00absubversif\u00bb quitte la salle furieux, avec son indemnit\u00e9 et les excuses de l\u2019Etat.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Maria Lucia est une femme de m\u00e9nage de 67\u00a0ans, au ch\u00f4mage. Son avocat l\u2019avait bien pr\u00e9venue : son dossier est trop maigre, il ne fallait surtout pas qu\u2019elle le pr\u00e9sente en l\u2019\u00e9tat, apr\u00e8s seulement trois ans de recherche de preuves d\u2019elle ne sait quoi. Son mari, r\u00e9sistant, a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 myst\u00e9rieusement pendant la dictature. Leur fils avait six\u00a0mois. Mais malgr\u00e9 son \u00abmauvais\u00bb dossier, la commission l\u2019a convoqu\u00e9e. Maria-Lucia, qui vit dans l\u2019Etat de Espirito Santo, a fait vingt-neuf heures de bus pour atteindre cette salle. Elle vient de tomber \u00e0 cause de la malnutrition. Comble de malchance, lors de sa chute, on lui a vol\u00e9 son sac, elle n\u2019a plus un real, elle ne sait pas comment elle va retourner chez elle.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">D\u2019ailleurs, on apprendra qu\u2019elle n\u2019a pas vraiment de chez elle. Son avocat avait raison, c\u2019est une catastrophe. Dans le bus, elle songeait que seul un dieu pouvait rendre la justice des hommes. Elle \u00e9coute en pleurant un membre de la commission pr\u00e9senter son cas. Comme chacun des \u00abpr\u00e9venus\u00bb, elle doit \u00e0 son tour prendre la parole. Elle expose simplement qu\u2019elle ne sait pas vraiment ce que faisait son mari, elle ne posait pas de questions, car elle ne voulait pas lui faire de tort.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Petit \u00e0 petit, elle saisit que la commission est bien mieux inform\u00e9e qu\u2019elle. Qu\u2019ils ont remont\u00e9 des pistes, jusqu\u2019\u00e0 reconstituer sa vie de combattant, car l\u2019organisation dont il faisait partie \u00e9tait c\u00e9l\u00e8bre. Elle per\u00e7oit que l\u2019horizon se d\u00e9gage. Une nouvelle figure de son mari se dessine, qu\u2019elle ne saisit pas encore. Paulo Abr\u00e3o : \u00abVotre pr\u00e9sence est tr\u00e8s importante pour nous, car nous avons besoin de votre confiance en la justice.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">La commission, qui a eu vent de ses malheurs, a d\u00e9cid\u00e9 de prendre en charge son billet d\u2019avion de retour. En tant que veuve d\u2019un travailleur, la somme \u00e0 laquelle elle a droit, en plus des 1 200\u00a0r\u00e9aux mensuels, est bien sup\u00e9rieure \u00e0 sa demande initiale. Sonn\u00e9e, elle quitte la salle, \u00e0 la recherche d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone, afin de pr\u00e9venir son fils\u00abpour qu\u2019il se mette imm\u00e9diatement \u00e0 la recherche de la maison\u00bb.Elle dira aussi que \u00abce proc\u00e8s change beaucoup \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi-m\u00eame. Mon mari n\u2019est pas mort pour rien. Je comprends son lien ave la soci\u00e9t\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9union de la famille<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, passera aussi une fratrie. Ils ont perdu leur p\u00e8re, commandant de la marine, emprisonn\u00e9 et tortur\u00e9. La plus \u00e2g\u00e9e a d\u00fb interrompre sa scolarit\u00e9 \u00e0 14\u00a0ans, pour travailler : \u00abJe prie le Br\u00e9sil de ne plus jamais laisser ses enfants sans parents et sans grands-parents.\u00bb A la stupeur de la famille, la commission prend le temps de raconter pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019histoire du p\u00e8re, syndicaliste, cr\u00e9ateur de journaux, surveill\u00e9 par l\u2019Etat jusqu\u2019 en 1988 &#8211; soit apr\u00e8s la fin de la dictature. Cette rigueur est ce qui les surprend le plus\u00a0: \u00abOn pensait que notre cas serait exp\u00e9di\u00e9.\u00bb C\u2019est par hasard qu\u2019ils ont entendu parler de la caravana da anistia, via un professeur d\u2019histoire du Br\u00e9sil. L\u2019une des s\u0153urs, Ludmilla : \u00abJ\u2019\u00e9tais surprise. Toute notre enfance, on a \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9 parce qu\u2019on portait le nom de notre p\u00e8re. On aurait des droits ?\u00bb La fratrie, de m\u00e8res diff\u00e9rentes, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e dans le m\u00eame Etat. \u00abCe dossier nous a r\u00e9unis en tant que famille.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Dans la journ\u00e9e et sur deux salles d\u2019audience, pr\u00e8s de trente cas auront \u00e9t\u00e9 examin\u00e9s. La veille, un documentaire sur un industriel, qui finan\u00e7ait les tortionnaires et la CIA, a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 devant des coll\u00e9giens dubitatifs. A leur d\u00e9charge, le film n\u2019est pas un chef-d\u2019\u0153uvre. Le lendemain, Paulo Abr\u00e3o ouvrira effectivement l\u2019audience sur ce th\u00e8me : il ne s\u2019agit pas de \u00abstigmatiser les militaires\u00bb mais de comprendre que ce sont \u00abl\u2019\u00e9lite, la presse, les fonctionnaires, les chefs des grandes entreprise, toute la soci\u00e9t\u00e9 qui a particip\u00e9 \u00e0 la dictature\u00bb.<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Bar\u00e8me strict<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Les pers\u00e9cutions politiques et la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9paration sont pr\u00e9vues par la constitution br\u00e9silienne de 1988. Mais, pratiquement seule l\u2019\u00e9lite en b\u00e9n\u00e9ficiait. Les d\u00e9marches \u00e9taient complexes et le calcul des indemnit\u00e9s opaques. Il fallait aller \u00e0 Bras\u00edlia, \u00eatre d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s averti. Une sociologue : \u00abDe fait, ces r\u00e9parations reproduisaient les \u00e9normes in\u00e9galit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 civile br\u00e9silienne. Plus on \u00e9tait puissant, plus on obtenait de l\u2019argent.\u00a0Ce syst\u00e8me ratifiait le mythe que seule une poign\u00e9e d\u2019intellectuels avait r\u00e9sist\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Lors de sa prise de fonctions, l\u2019un des premiers gestes de Paulo Abr\u00e3o fut de recalculer les fameuses \u00abrentes de la dictature\u00bb selon un bar\u00e8me strict, et non plus en fonction de la notori\u00e9t\u00e9. Paulo Abr\u00e3o :\u00abOn mesure la force d\u2019une dictature \u00e0 la peur et \u00e0 la culture autoritaire qu\u2019elle laisse. Quand j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9, je me suis demand\u00e9 comment faire pour reconstruire la confiance du peuple en ses institutions. J\u2019ai pens\u00e9 qu\u2019il fallait rendre compl\u00e8tement transparents ces proc\u00e8s, y compris nos arguments et les contestations parfois violentes de nos d\u00e9cisions. C\u2019\u00e9tait aussi \u00e0 nous de nous d\u00e9placer. Ce n\u2019est pas la perte d\u2019un parent, ni la souffrance ni un choix de vie qui sont indemnis\u00e9s &#8211; toute somme serait ind\u00e9cente &#8211; mais les spoliations de l\u2019Etat. Environ, vingt pour cent des personnes acceptent le pardon mais refusent la r\u00e9paration financi\u00e8re. On essaie d\u2019expliquer en quoi ce refus est un malentendu.\u00bb Le mot victime est parfois contest\u00e9. Paulo Abr\u00e3o : \u00abFaute de mieux, derri\u00e8re ce vocable, il est rappel\u00e9 qu\u2019il y a toujours quelqu\u2019un qui viole les droits fondamentaux. C\u2019est pourquoi nous l\u2019avons conserv\u00e9.\u00bb Vingt pour cent des dossiers sont envoy\u00e9s par d\u2019anciens militaires &#8211; ils sont six mille \u00e0 avoir d\u00e9sert\u00e9. Certains expliquent que \u00abl\u2019impossibilit\u00e9 de d\u00e9sob\u00e9ir\u00bb fait d\u2019eux des\u00abvictimes\u00bb. A moins que, craignant une r\u00e9vision prochaine de leur impunit\u00e9, ils tentent leur va-tout. Le magistrat fran\u00e7ais et rapporteur \u00e0 l\u2019ONU Louis Joinet fut le premier \u00e0 se battre contre l\u2019auto-amnistie des dictateurs, alors qu\u2019ils \u00e9taient encore en place : \u00abBien s\u00fbr, le Br\u00e9sil doit tourner la page. Mais avant, il faudrait pouvoir la lire.\u00bb<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Anniversaire du putsch aboli<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Maurice Politi, figure de la r\u00e9sistance : \u00abL\u2019histoire est une discipline difficile dans un pays o\u00f9 le plus grand magistrat, Ruy Barbosa, incendia toutes les archives gouvernementales sur l\u2019esclavage afin de ne pas diviser le pays ! O\u00f9 l\u2019on n\u2019a gard\u00e9 aucune trace des massacres des Indiens. Chez nous, passer l\u2019\u00e9ponge sans regarder le tableau est une tradition.\u00bb Encore aujourd\u2019hui, l\u2019arm\u00e9e br\u00e9silienne refuse d\u2019ouvrir les dossiers de la dictature. Des autoroutes et des grandes rues portent le nom de criminels. Symbole ultime : jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, les militaires f\u00eataient l\u2019anniversaire du coup d\u2019Etat militaire du 31\u00a0mars\u00a01964. C\u2019est la pr\u00e9sidente Dilma Roussef qui a mis fin \u00e0 ces r\u00e9jouissances en se mettant une partie de l\u2019arm\u00e9e \u00e0 dos.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Cette caravane, qui en est \u00e0 sa 59<span class=\"s1\">e<\/span> \u00e9tape et qui a examin\u00e9 pr\u00e8s de 70 000\u00a0dossiers, est unique au monde. Pourtant, elle n\u2019int\u00e9resse pas les m\u00e9dias nationaux, car elle concerne peu de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. Cette discr\u00e9tion est une chance. Elle a permis de pr\u00e9parer sans bruit la cr\u00e9ation d\u2019une autre commission dite \u00abV\u00e9rit\u00e9\u00bb, qui aura pour fonction d\u2019identifier les tortionnaires. La pr\u00e9sidente Dilma Rousseff en a nomm\u00e9 les membres en mai. Ils disposent de deux ans pour \u00e9lucider les affaires li\u00e9es aux violations des droits de l\u2019homme commises entre\u00a01946 et\u00a01988 !<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Un premier militaire, Carlos Alberto Brilhante Ustra, a \u00e9t\u00e9 reconnu coupable de tortures par un tribunal de S\u00e3o Paulo, ce mardi 26 juin. M\u00eame si l\u2019avocat du colonel va faire appel en invoquant la loi d\u2019amnistie de 1979, il ne gagnera pas forc\u00e9ment. Car la Cour interam\u00e9ricaine des droits de l\u2019homme a signal\u00e9 r\u00e9cemment que cette loi d\u2019amnistie ne pouvait constituer un obstacle dans les cas de crimes contre l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"p1\" style=\"text-align: justify;\">Photos Ludovic Car\u00e8me<\/p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout l\u2019\u00e9t\u00e9, d\u00e9ambulation au c\u0153ur des constructions, r\u00e9elles ou imaginaires. 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